Après 3 ans d'absence, quel bonheur de revenir aux Francos de Montréal ! Retour sur la première soirée de cette 33e édition du festival avec la pop 80's de Le Couleur, la sensation rap Aswell et l'immense Koriass.
Le Couleur
La soirée commence avec Le Couleur. La formation invite au voyage, à la légèreté et à l’envolée sans pour autant tomber dans le cliché des groupes soit trop pop, soit trop confidentiels.
Pour son retour aux Francos, le trio - grand habitué du festival - avait ajouté un claviériste, les percussions estivales de Philippe Beaudin (The Brooks) et la guitare endiablée de JC Tellier (Gazoline) à sa formation de base.
Électro-pop tendance disco, ce band dont la chanteuse ne fait que prendre de l’ampleur au fur et à mesure des chansons, se révèle d’une énergie envoutante et communicatrice. Les envolées vocales aériennes de Laurence Giroux-Do, non s’en rappeler les meilleurs moments de l’indie-pop, et les chœurs prononcés des musiciens nous plongent dans l’univers d’une boum façon film de Claude Pinoteau. Une légèreté qui plutôt que d’en rester là, explore régulièrement des riffs de guitare pêchus et un solo rock magistral dont le public aurait bien repris un petit bout.
À mi-chemin entre l’évasion et le romantisme avec des titres comme Voyage amoureux, Désert ou Un simple vol d’après-midi (duo avec Valence sur l’album Concorde), Le Couleur nous emmène aussi sur les traces de la pop culture avec des références aux Rita Mitsouko et aux années 80.
On voyage et on se laisse emporter dans des effluves d’amour que l’on fredonne dès la sortie du concert avec les très efficaces Femme et L’amour le jour, des bonbons dont on reprendrait bien une poignée jusqu’à en finir le paquet entier. Laurence Giroux-Do enflammée finira sa très bonne prestation dans la foule venue l’acclamée et nous on a vraiment aimé ça !
Aswell
Au vu de la foule qui se pressait devant la scène Desjardins, les échos que nous avions eu d’Aswell n’avaient pas menti, le rappeur de 23 ans est LA sensation hip-hop du moment !
Loveur assumé, Louis Lussier de son vrai nom s’éraille la voix en revendiquant son indépendance, ses amours déchus et son envie de peser dans le game. Références à Dead Obies et Alaclair Ensemble à qui il semble vouer une grande admiration, Aswell se distingue cependant de ses paires. Candeur du début ou écorchure d’un ultra-sensible, Aswell nous raconte avoir fait les Francos en 2018 sur cette même place en tant que vendeur de grilled cheese dans un foodtruck rêvant de vivre enfin de cette passion dévorante. Cet enthousiasme, le rappeur le partage avec ceux qui le suivent et collaborent avec lui depuis le début, ainsi GreenWoodz est venu mettre le feu avec lui sur deux titres ( IDGAF et Wasted). Son EP Solo produit en indépendant regorge de tubes (Used to, Leaving) dont les textes n’ont d’égal que les instrus que l’on imagine déjà prendre une dimension bien plus grande en full band. Aswell a le sens de la scène et on hâte de voir ce que ce prodige va devenir.
Koriass
Koriass est au rap québécois ce qu'Orelsan est au rap français, inutile de dire que ce premier show évènement sur la scène Bell était donc attendu comme un soir de nouvel an après 2 ans d’une pandémie dont on espère tous qu’elle ne paralysera plus jamais de la sorte le monde de la culture.
Que dire de Koriass qui soit à la hauteur de Koriass ? Tout dans son show est d’une classe implacable : un full band avec cuivres et choristes, des invités de prestiges, des tubes, de la sensibilité, de la profondeur et un public de feu !
On pourrait s’arrêter là, mais ce ne serait pas rendre un hommage assez grand à ce précurseur de la musique. Et puisqu’il est question d’hommage c’est en ayant une pensée pour son ami Karim Ouellet que Korey Hart ouvre le spectacle. On peut même dire que l’ombre lumineuse du chanteur décédé en janvier dernier aura plané sur la Place des festivals durant un long moment, nous offrant même une sublime reprise de Marie-Jo en duo avec Safia Nolin, guitare à la main, on ne s’en est toujours pas remis !
Koriass déroule et on prend conscience de l’ampleur de l’œuvre, des tubes de l’artiste : Blacklights, Corde à linge, Cinq à Sept, Garde ta job… un véritable festival de mélodies et textes entêtants ! Le public n’en peut plus surprenant même le rappeur lui-même ! À cela on ajoutera la présence de Jay Scøtt venu partager le micro sur Matusalem, d'Imposs sur Effets spéciaux et de Mike Clay (Clay and Friends) sur Village des valeurs, trois pièces tirées de l'album Abri de fortune (pour fin du monde) paru au printemps.
À 22h30, heure de fin de concert, après avoir reçu un disque d’or des mains de Steve Jolin - fondateur du label 7ème ciel - pour Lendemain , Koriass revient et enflamme le public une dernière fois avec son cheum Souldia sur Épitaphe. Il terminera sur le titre où tout a commencé en rappant la jeunesse, la tristesse, l’espoir, les déboires de ces enfants de l’asphaltage, de ce pays qui depuis 2008 voit, encore et toujours, évoluer un des meilleurs rappeurs francophones du monde.
Rédaction : Carolien Dirix
Photos : Aurore Davignon